Un projet aux multiples facettes - Joan Fontcuberta
Extrait de l'éditorial de Photovision, juin 2002

Consonnances - Rosemary Vargas
Extrait du texte publié dans Photovision, juin 2002

L'anonyme comme image - Eduardo Momeñe
Extrait du texte publié dans Photovision, juin 2002

Une poiétique de la transaction - Natacha Pugnet
Extrait du texte publié dans Photovision, juin 2002
Toile sociale y désir interrompu - Álvaro de los Angeles
Extrait du texte publié dans Photovision, juin 2002
Spéculations - Cristina Pérez Andrés
Extrait du texte publié dans Photovision, juin 2002
Déplacements - Marta Mantecón
Extrait du texte publié dans le catalogue de l'exposition du CN Foto de Torrelavega, juillet 2006

La caméra de Pandore - Joan Fontcuberta
Extrait du texte publié dans "L'appareil de Pandore", 2010

 
 
Un projet aux multiples facettes- Joan Fontcuberta
E
xtrait de l'éditorial du n°31 de Photovision, juin 2002

 

(...) recevoir une image photolatente est une invitation à la créativité (à une créativité partagée, à une créativité "interactive"). Au niveau de réponse individuelle, les options par rapport à ces images latentes sont illimitées. Nous pouvons les conserver telles quelles, en état de latence permanente, gardant toutes leurs promesses implicites et leurs secrets. Ou, pour satisfaire notre curiosité, nous pouvons les révéler en suivant un processus standard. Ou les révéler de manière hétérodoxe, en modifiant les règles habituelles et en introduisant des variantes expérimentales. Ou nous pouvons les teindre ou les peindre en couleurs. Ou écrire ou dessiner sur celles-ci. Ou les couper en morceaux et en faire un collage. Ou les mettre dans le micro-ondes. Ou les brûler et photographier leurs cendres. Ou les couvrir à nouveau d'émulsion photographique et impressionner une nouvelle image latente par-dessus la première...

Nous sommes tombés dans un processus sans fin, dans un projet aux multiples facettes qui touche de nombreux aspects de la création et qui ne décrète pas une nouvelle version de la "mort de l'auteur" annoncée. Rendons-nous compte qu'ici les images, latentes ou visibles, sont contingentes en tant qu'"oeuvres", sont des devinettes ou des pièges lancés au spectateur, qu'il soit participant actif ou non. La raison d'être théorique de Photolantente se trouve dans l'élaboration du processus en lui-même: un processus genérateur d'images et d'interrogations. Dans tous les cas, donc, l'oeuvre est le processus en lui-même et les images résultantes, de simples accidents. Et l'auteur? L'auteur est celui qui dirige. L'auteur est celui qui contrôle, celui qui fixe les règles, celui qui veille sur la gestion. Bien que, comme dans ce cas, l'auteur nous cède des quotas de participation parce qu'il a besoin de nous comme acteurs du dispositif conceptuel qu'il a créé. Notre trouble inévitable et fasciné est partie nécessaire de son jeu. C'est-à-dire, de son oeuvre. (...)

© Joan Fontcuberta, 2002

Text complet de l'éditorial disponible sur: www.photovision.es (en espagnol et en anglais)

Consonnances - Rosemary Vargas
Extrait du texte publié dans Photovision, juin 2002

 

(...) En ayant une incidence explicite sur l'image latente, Photolatente duplique, à mon avis, les structures élémentaires du processus photographique, les réunissant comme dans un jeu de miroirs pour les placer devant nous et nous obliger à réfléchir à ce qui, à force d'habitudes, devient transparent et presque banal dans un monde surchargé d'images. De même, en invitant ceux qui participent au projet à agir sur l'image latente, Photolatente nous situe face à un processus de compositions, décompositions et transformations implicite dans une certaine idée de l'oeuvre dans laquelle, en outre, il y a toujours une latence, un jeu avec le non-vu duquel surgit éventuellement quelque chose qui n'était pas là précédemment. Ces thèmes sont ceux que je souhaite examiner dans ce qui suit, particulièrement à partir des consonnances qui, selon moi, existent entre Photolatente et quelques unes des idées actuelles à propos de l'expérience et du phénomène artistique. (...)

©Rosemary Vargas,2002
Texte complet dans la revue Photovision nš 31 (en espagnol et en anglais)

 
L'anonyme comme image- Eduardo Momeñe
Extrait du texte publié dans Photovision, juin 2002

   

(...) Il est bien connu que celui qui ne donne pas son nom est mal reçu pratiquement partout, et les temples de l'art ne sont pas une exception à cette norme. En tant qu'espaces où les mots luttent pour effacer les images, ils exigent une accréditation.

Le statut d'auteur s'impose comme lettre de présentation, commme acte notarial, comme attribut qui définit l'oeuvre. Nous en venons à nous demander si le fait d'être auteur est l'oeuvre en soi, et si c'était ainsi, il faut signaler, cependant, que cette déclaration de principes serait une trouvaille récente, comme l'est le goût, la figure de l'artiste, la perspective, ou les droits de l'homme. (...)

© Eduardo Momeñe,2002
Texte complet dans la revue Photovision nš 31 (en espagnol et en anglais)

 
Une poiétique de la transaction - Natacha Pugnet
Extrait du texte publié dans Photovision, juin 2002

 

(...) La structure rigoureusement conçue par Oscar Molina établit les règles d’un jeu de relations triangulaires entre l’artiste, les participants et les récepteurs. La logique conceptuelle qui régit sémantiquement et matériellement Photolatente donne lieu à un ensemble de transactions entre ces trois acteurs. Transaction, en ce que le terme implique l’idée d’échange, en l’occurrence, celui des rôles et des statuts; de là vient la difficulté de nommer précisément chacun de ces agents. Hormis celui d’artiste, les noms d’auteur, de photographe, de co-auteur, de spectateur, semblent inadéquats ou interchangeables. Il s’agit également de transaction lorsque, à un moment déterminé du processus, chacun s’efface et renonce – comme en un accord de concessions réciproques – à ses prérogatives et droits habituels. Transaction encore puisque des contrats stipulent les engagements de l’artiste, du collaborateur et de l’acheteur. Il paraît dès lors juste que ce soit à ce dernier que revient la possibilité d’achever le processus, en révélant l’image photographique: originellement, transaction désignait l’action de finir. (...)

© Natacha Pugnet, 2002
Texte complet dans la revue Photovision nš 31 (en espagnol et en anglais)

 
Trame sociale et désir interrompu - Álvaro de los Ángeles
Extrait du texte publié dans Photovision, juin 2002

 

(...) Tout le problème du statut de l'auteur se résout presque d'un coup, car bien qu'il soit certain qu'il ne réalise aucune des images, il est assurément l'auteur du projet, même s'il n'est pas le propriétaire des enveloppes, ni ne poursuit aucun profit. Tout cela nous dirige vers des chemins qui mettent en doute tout ce qui peut l'être: la valeur de la création, l'importance des marques comme substituts des individus et d'une forme de vie, le pouvoir de l'argent comme emblème d'échange, la rupture du désir et pour autant des mécanismes habituels d'action/réaction, l'essence de la photoraphie comme moyen technique, langage visuel et expression artistique, etc. Il a disposé tous les participants comme des figurants d'un film où chacun joue un rôle qui, partant d'une même origine, débouchera sur des résultats très diférents et éloignés les uns de autres.

Et en même temps, il a poussé jusqu'à leurs dernières conséquences les théories qui concernent la photographie. D'une certaine manière persiste une intention de récupérer l'aura de l'oeuvre d'art dans un moyen d'expression comme la photographie, qui en est privée par sa propre idiosyncrasie. (...)

© Álvaro de los Ángeles, 2002
Texte complet dans la revue Photovision nš 31 (en espagnol et en anglais)

 
Spéculations - Cristina Pérez Andrés
Extrait du texte publié dans Photovision, juin 2002

 

(...) Le point de vue de la photographie permet de parler de différents types de spéculations. Celle de la lumière qui se reflète dans l'argent du négatif pour former la première image latente, le premier fantôme, comme les images qui s'enregistrent durant l'enfance. Cette image est spéculaire, comme celles qui se produisent dans tout autre miroir, objet qui n'existe jamais dans l'obscurité. Spéculer, c'est aussi réfléchir, utiliser la pensée. Bien que cela ne soit pas la lumière qui se reflète, cela permet le passaage de la clarté, illuminant ce qui jusque là restait dans les ténèbres. Ainsi nous arrivons à la connaissance.

Un autre type de spéculation est celui qui existe dans tous les arts et dans les nécessités de la vie, pour primaires qu'elles soient.(...)

© Cristina Pérez Andrés, 2002
Texte complet dans la revue Photovision nš 31 (en espagnol et en anglais)

 
Déplacements - Marta Mantecón
Extrait du texte publié dans le catalogue du CN Foto de Torrelavega, juillet 2006

 

(...) Dans le projet d'Oscar Molina se produit une inversion des concepts auxquels l'histoire de l'art -et en particulier la photographie- a été liée depuis les temps passés. Avec la naissance du mouvement conceptuel, au milieu de années septante, et spécialement dans certaines propositions minimalistes, quelques-unes de ces questions ont été mises en doute. La photographie s'est mise à documenter ou à témoigner de certaines pratiques créatives de caractère éphémère et la dématérialisation artistique a trouvé dans l'appareil photo un précieux allié. Dans Photolatente, cependant, la photographie devient le processus même, elle n'est plus quelque chose qui lui est externe et en conséquence ne constitue pas uniquement un témoignage visuel; elle apparaît comme la trace matérielle d'une proposition opérationnelle qui me l'accent sur le processus et s'offre de manière conceptuelle, car l'image à l'état latent se cache dans une enveloppe opaque, laissant aux mains d'un tiers la possibilité de la rendre o non visible.

Il se produit alors un élargissement des coordonnés spatiales et temporelles, de telle manière que l'expérience du créateur va au-delà, reliant celle de centaines de participants qui réalisent les prises de vues photographiques et les milliers de propriétaires d'enveloppes Photolatente. Il n'y a pas de chronologies spécifiques ni de topographies concrètes, nous ne savons pas qui a réalisé les prises de vues ni ne connaissons les motifs iconographiques capturés par celles-ci. L'un des aspect les plus intéressants du projet est précisément son caractère nomade et la capacité qu'il démontre de générer des déplacements entre tous les éléments et personnes impliquées: le créateur du projet, les auteurs des images, l'éditeur et le récepteur final. Le processus s'enrichit avec les apports de chacun, mais la perception et les réflexions qui en découlent a posteriori sont différentes dans chaque cas. (...)

© Marta Mantecón, 2006
Texte complet dans le catalogue du CN Foto de Torrelavega

 
La caméra de Pandore - Joan Fontcuberta
Extrait du livre La caméra de Pandore, 2010

 

(...) Toutes ces questions sont aussi implicites dans Photolatente. Elles sont même amplifiées parce que nous ignorons complètement l’identité de ceux qui ont exposé les négatifs et parce que Óscar Molina nous libère explicitement des charges et responsabilités qu’a dû affronter le conservateur de musée en nous disant: ¡faites-en ce que vous voulez! Pour autant, recevoir une image latente est une invitation à la créativité ( à une créativité partagée, une créativité "interactive"). Au niveau de la réponse individuelle, les possibilités par rapport à ces images latentes sont illimitées. Nous pouvons les conserver telles quelles, en état de latence permanente, maintenant toutes leurs promesses implicites, tous leurs secrets. Ou, pour satisfaire notre curiosité, nous pouvons les révéler au moyen d’une procédure standard. Ou les révéler de façon peu orthodoxe, en changeant les modes de pratique habituels et en introduisant des variations expérimentales. Ou nous pouvons les teindre ou peindre en couleurs. Ou dessiner ou écrire par-dessus. Ou bien nous pouvons les couper en morceaux et faire un collage avec leurs miettes. Ou les mettre au micro-ondes. Ou les brûler et rephotographier leurs cendres. Ou les recouvrir d'une émulsion photographique et impressionner à nouveau par-dessus une autre image latente... (...)

© Joan Fontcuberta, 2010
Texte complet dans le livre "La caméra de Pandore. La photographie après la photographie ", Editeur Gustavo Gili, S.L. Barcelone 2010, ISBN 8. 9. 189.2010

 
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